DEREK - Comme je ne sais pas quoi dire, je me contente de m'agenouiller à ses côtés et je lui prends sa paille des mains et je me tape la quasi-totalité des cheveux. Je renifle un grand coup, et juste avant d'imploser je caresse ceux de Manon, et nous échangeons un regard, un simple regard, lent, fluo, éternel et dans ce simple regard, il y a notre première rencontre, et son innocence, et tous ces fantômes entre nous, il y a le martèlement de talons hauts sur le parquet qui se sont tus, il y a le sens évident du mot "gachis" et le sens encore plus évidemment insoutenable du mot "irréversible", il y a que ce n'est pas dans le script, et que finalement, je m'en fous, il y a ma sonate inachevée et le cadavre d'un piano, il y a notre histoire inachevée et un cadavre aux yeux fluo, il y a même un brouillard de larmes et plus encore que ce nous avons vécu, il y a tout ce que nous n'avons pas vécu. [...] Manon hurle : "Et maintenant crève", et je ne sais pas exactement dans quel ordre j'entends trois détonations successives, en percevant même la douleur en plus aux tympans, presque en même temps qu'au poumon et le carton rêche sur ma poitrine se macule de ce sang qui n'est pas le mien, jusqu'à se noyer le mot "FIN" et je crois que c'est moi qui l'ai écrit, jusqu'à noyer ma gorge aussi et respirer est un supplice et tout est un supplice, plus pour longtemps, plus pour longtemps, je me dis, il n'y a plus de soleil, plus de musique, plus de vitesse, l'arrêt brusque, qu'est-ce qui se passe, mes doigts crispés sur le volant se détachent et retombent, le rétro se teine d'une mer de sang, il fait noir, je souffre, et la musique se tait, le silence, l'obscurité, la souffrance, le silence l'obscurité...
Lolita Pille, Bubble Gum